Alain Cavalier

Biographie

Alain Cavalier naît à Vendôme, à 170 kilomètres de Paris, avant la deuxième guerre mondiale. Nourri de la Bible et des Evangiles, il cherche à s’en évader en regardant le visage des femmes sur les écrans de cinéma. Pendant ce temps, l’armée allemande occupe son pays.

Dans les années soixante, Cavalier met en scène trois films avec trois comédiennes intelligentes et belles : Romy Schneider, Léa Massari et Catherine Deneuve. Elles sont aimées par Jean-Louis Trintignant, Alain Delon et Michel Piccoli. L’amour se mêle aux affrontements politiques et à l’argent. Contenue ou affirmée, la violence est donnée par les titres : « Le combat dans l’île », « L’insoumis », « La chamade ». La chamade est un roulement de tambour indiquant qu’une ville assiégée se rend. A ces films s’ajoute : « Mise à sac » apologie à peine dissimulée et très critiquable du vol à grande échelle.

Après ce travail de six ans, Cavalier cesse de tourner pendant six ans. Tourner quoi ? Tourner comment ? Tourner avec qui ? Combattre le pouvoir de l’argent ? Epuisé, le pauvre homme se tait.

Quatre jeunes comédiens, liés par l’amitié, le sortent de sa léthargie. Avec eux, il écrit le scénario et les dialogues du film : « Le plein de super ». C’est proche de leur vie, de leur parole à chacun, c’est tourné vite, sans projecteurs, avec peu d’argent, une petite équipe. On respire mieux. Suivent deux films, dans la foulée : « Martin et Léa », l’histoire d’un couple jouée par un vrai couple et « Un étrange voyage » où Cavalier filme sa fille qui a pour père Jean Rochefort que le cinéaste prend pour son double. S’ajoute, sans respirer : « Ce répondeur ne prend pas de messages », première incursion d’Alain Cavalier dans l’autobiographie, récit d’une plongée dans le noir à la suite de la mort de sa seconde épouse d’un accident d’automobile. Elle s’appelait Irène.

Nouveau silence de cinq ans. Décidément, c’est une manie qu’a ce cinéaste de disparaître. Il espère que son désir de filmer ressurgira un jour comme par enchantement.

C’est le journal intime d’une jeune carmélite dans son couvent qui ramène Cavalier derrière une caméra. Cette fois, c’est tourné entièrement en studio, sans décor. Des visages. Des gestes. Des objets. Ça raconte l’amour mystique d’une adolescente pour un homme, Jésus, mort il y a vingt siècles. « Thérèse » est un succès, en France et dans de nombreux pays. C’est inattendu, c’est touchant. C’est un peu encombrant, comme le cinéaste le précise. Il préfère l’ombre. Etrange pour un homme de spectacle, qu’il prétend être.

Plus tard, un autre film en studio « Libera me ». Film sans aucune parole. Une famille de résistants est détruite par un régime militaire. Film dur, avec peu de douceurs. Film sur une humanité que Cavalier croit à tort perdue. Film que le public refuse. Heureusement, entre « Thérèse » et « Libera me », il réalise, avec un opérateur et un ingénieur du son, « les Portraits », 24 films sur des femmes qui travaillent de leurs mains : matelassière, repasseuse, rémouleuse, bistrotière... Il ne s’agit plus de mettre en images une histoire avec des personnages joués par des acteurs. Cavalier entre dans un champ neuf pour lui. Il ne cessera de l’arpenter. Il arrive enfin sur ses terres.

Un objet doué d’une intelligence simple et amicale libère Cavalier : c’est la caméra vidéo. Il filme seul la personne qui est seule devant lui. De cette égalité, émerge une confiance, quelque fois un abandon bien difficile à obtenir devant une équipe de tournage. C’est ainsi que le cinéaste fabrique son deuxième film autobiographique : « La rencontre ». C’est la description du début de sa liaison avec une femme. Elle et lui se donnent un coup de main pour garder couleurs à la vie. Le film est bien reçu. Il permet à Cavalier de continuer à filmer sans forcément rendre public son travail. Comme les peintres retournent les tableaux inachevés contre le mur avant de les reprendre. Cavalier n’est plus metteur en scène, n’est plus cinéaste ; il devient filmeur.

En l’an 2000, quatre films, tournés séparément, forment un ensemble réunissant un chirurgien, un sculpteur, un boucher et une femme qui avait travaillé avec Orson Welles. Le titre est : « Vies ». Les règles de la dramaturgie sont bizarrement respectées : exposition, thèmes, suspens, reprises, chute. L’ancien et le nouveau sont-ils réunis ?

Est-ce un moment de paix avant le retour du vide ? Cavalier croise le chemin d’un homme, Joël Lefrançois, dont la santé est en danger ; il pèse 160 kilos. Cavalier lui propose de l’accompagner avec sa caméra pendant dix mois. C’est le temps nécessaire pour perdre 30 kilos et renaître. D’ailleurs, le film s’appelle « René ». Il sort en 2002.

Cavalier s’attaque à son troisième ouvrage autobiographique : « Le Filmeur ». Il passe au crible du montage les cassettes de douze années de journal vidéo. Il est à la recherche d’un partage avec le spectateur. Rester soi-même pour mieux échanger. Utopie sans doute mais sa vie et celle du spectateur, pourquoi ne pourraient-elles pas se croiser ça et là ? Et pourquoi le spectateur, du coup, ne prendrait-il pas une caméra et ne filmerait-il pas à son tour ?

Dernière poussée du désir de filmer à la première personne, avec un point de vue entièrement subjectif : l’ouvrage s’appelle : « Irène ». C’est le nom de l’épouse disparue qui revient hanter Cavalier. Pourquoi cette enquête sur le couple qu’il formait avec elle ? Pourquoi cette intimité entre un fantôme et lui ? Le passé brûle-t-il plus que l’aujourd’hui ? Le film est présenté au Festival de Cannes, dans la salle Claude Debussy, la plus belle qui soit.

Et maintenant, quel est l’avenir d’un homme dont la pensée a suivi les métamorphoses imprévisibles de son outil de travail : la caméra ?

ANDRE MESTIVIER

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